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le 07/09/2010 15:16
La municipalité a inauguré avec l’ensemble des Gidéens notre toute nouvelle place à l’occasion des fêtes de Croix de Moisson en septembre dernier. En mars 1966, le conseil municipal a décidé de lui donner le nom de « Lucien Bourgon ». Pourquoi ? Si un certain nombre d’entre vous en connait l’origine, il nous semble important de rappeler à nos concitoyens les événements qui ont suscité cette reconnaissance à un homme qui a marqué l’histoire de notre village.
Lucien Bourgon est né 12 février 1900 à Guignonville (Loiret).
Le 1er octobre 1936, il est nommé instituteur à Gidy, directeur de l’école de garçons et, comme il est souvent d’usage à cette époque, secrétaire de mairie. Sa femme Odette, quant à elle, est nommée directrice de l’école des filles. Leurs deux enfants, Jean et Françoise âgés respectivement de 11 et 6 ans complètent le cercle familial.
En septembre 1939, c’est la guerre, l’ordre de mobilisation est déclaré. Lucien Bourgon est affecté au 405ème régiment de pionniers.
Le 21 juin 1940, il est fait prisonnier avec son régiment et interné à l’Offlag III C à Luben. Il est libéré fin juillet 1941 comme grand malade, soigné à l’hôpital militaire de La Chapelle-Saint-Mesmin et retrouve enfin sa classe en juin 1942.
Durant son absence, sa femme Odette a repris ses travaux de secrétariat de mairie et, malgré la présence des Allemands dans la maison et les classes, entre dans la résistance en fabriquant de faux papiers pour des prisonniers évadés, fausses cartes d’identité et d’alimentation pour des groupes de résistants et réfractaires au STO.
A son retour, le couple poursuit leurs travaux clandestins en faisant passer des tracts et des documents, en hébergeant des familles juives et surtout en établissant des liaisons avec le groupe de renseignements interallié Jade-Amicol de Londres.
La fille de Lucien Bourgon nous confie : « La maison était un lieu d’accueil pour les émissions. Deux agents venaient sur de vieux vélos, munis d’un sac rempli d’herbe pour les lapins, cachant le poste émetteur. Certains jours, ils le laissaient à la maison, bien rangé dans une cachette que Jean, mon frère, et moi connaissions au cas où quelque chose serait arrivé à nos parents. Fin mai, ils nous ont dit d’écouter avec attention les messages personnels à la radio de Londres : « Les lilas blancs sont en fleurs » et « La bière est la boisson nationale ». « - Si vous les entendez, il se passera quelque chose d’important ». Le 5 juin, nous avons entendu ces deux messages ; le 6 juin, c’était le débarquement ! ».
La joie du D-day est de courte durée. Au cours de ce mois de juin, les Allemands occupent les classes et l’appartement de la famille Bourgon qui poursuit malgré tout, ses activités clandestines.
Le 19 juillet 1944, sur dénonciation d’une collègue, quatre Français, agents de la Gestapo font irruption dans l’école. Lucien Bourgon est sauvagement brutalisé, frappé à coups de pieds et de crosse de révolver devant sa famille regroupée dans la cour et est emmené avec sa femme et son fils à l’ancienne prison rue Eugène Vignat. Des témoins oculaires de cette scène sont encore marqués par la cruauté de cet événement.
Le 21 août, il part par le «Train de la soif » vers l’enfer de Buchenwald. Au cours de ce transfert, plusieurs de ses compagnons sont fusillés ou perdent la raison.
En septembre 1944, Lucien Bourgon est envoyé en commando de travail à Aanen (Ruhr). En mars 1945, devant l’avancée des alliés, le commando se replie à Lippstadt. Le camp est libéré par les Américains le 1er avril 1945. Malheureusement, Lucien ne connaîtra pas la joie du retour. Affamé et épuisé, il décède 4 jours plus tard, le 5 avril 1945 à l’âge de 45 ans. Sa famille apprendra son décès le 21 avril au retour d’un de ses compagnons d’infortune. « Papa ne reviendra pas ».
Il est enterré au cimetière de Boësses (Loiret) avec sa femme et son fils. Une plaque commémorative est apposée dans son ancienne salle de classe à Gidy.
Lucien Bourgon a reçu 3 distinctions à titre posthume : la Légion d’honneur, la Croix de guerre et la médaille de la Résistance.
Le 12 juillet dernier, lors de l’inauguration officielle de notre nouvelle place, Jean-Michel Lopes, maire de Gidy, a souhaité honoré pour une deuxième fois le nom de cet homme qui a sacrifié sa vie pour sauver celle des autres. A cette occasion, il a remis la médaille de la ville de Gidy à sa fille Françoise.
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Sources de documentation : Le petit Echo de Beauce n°2 d’octobre 1982, Bulletin d’informations municipales 1994, extraits du témoignage de Françoise Abraham-Bourgon.